Ici Line Aressy nous offre ses amples tableaux, ses acryliques, ses dessins qui sont comme un écheveau, un fil d’Ariane aux belles boucles mouvantes. Mais ici il n’y a pas de Minotaure, on entre dans un labyrinthe où l’œil écoute les ondes et les fleurs. Alors commence la grande joie. Là un coquelicot s’éveille, une orchidée, des marguerites sur leurs tiges qui trouvent leur équilibre fragile à mesure de leur apparition. Là un chat caméléonien, des perroquets sur leur arbre fruitier, vivant en bonne intelligence avec les fleurs. Ainsi on entre dans un autre monde avec les peintures de Line Aressy, dans le pays des merveilles. On s’interroge. Par quel passage est-on entré ? C’est la naissance du monde tout encore à sa joie d’être. Ici tout dialogue et se tait. Les yeux sont heureux de se perdre. Il y a des mauves, des bleus, des beautés pour guider. Des papillons, des chats traversent les parois. L’art ignore les obstacles.

Les lignes de Line Aressy sont des ellipses qui agrandissent l’espace, des boucles de coton filé sous l’épinglier de la joie. L’élan du rouet tresse le jaune, déroule le pourpre de la terre promise, les roses d’un ciel infini. Voilà pour le métier. Pour le prodige, la joie de l’Anémone Solitaire, de la Fleur-Oiseau, de l’Iris Enchiffonné, du Coquelicot dansant à l’encontre de leur immobilité végétale. Un Bois rouge, un Tigroiseau, des lignes qui ne supportent pas une fin, éprises de souplesse, de liberté, essayant déjà de sortir de la toile, chahutant le cadre qui les contraint. Des lignes qui font de leur volonté un mouvement, une trajectoire. Voilà pour leurs passions.

 C’est d’ici que nous venons, crient les fleurs, de la lumière entrée dans l’atelier, d’une pelote déroulée, d’une main d’artiste taillant les couleurs. Le trait de Line Aressy est le tourbillon d’une danseuse étoile, un ballet d’une algébrique poésie tout entier sur les pointes. Le pinceau de l’artiste remonte ses curiosités d’ombres et de lumières où résident peut-être, entre cette lumière du jour et cette autre de la nuit, quelques heures préservées qu’aucun crayon ne pourrait saisir.

Ses couleurs séparent les lignes, s’unissent, transfusent d’un tableau à l’autre leur force, leur bonheur. La peinture de Line Aressy est une forêt habitée par le chant d’Orphée, une jungle enchantée où grandissent l’anémone et le coquelicot. On y trouve un cerf aux bois foisonnant de fleurs, peut-être que son corps animal est distinct de son corps organique, des vivants extraordinaires, le mouvement, toujours la vie. Le mauve s’embrase, devient grenat, allume ses forges sous terre, des violacés, des jaunes se cognent aux parois de nos têtes. Que serait la vie sans rêves d’ailleurs, une ballerine sans ses pointes ? De plain-pied nous y sommes, la peinture de Line Aressy conduit vers une autre vie.

Patrick Renou

Patrick Renou est un écrivain français. Il a publié plusieurs romans et essais, dont Tina, l’amour infini de René Char ; Seuls les vivants meurent ; Camus, de l’absurde à l’amour, avec André Comte-Sponville et Laurent Bove ; Tu m’entends, préfacé par Christian Bobin. Il vit actuellement à Paris.